JE VOUS INVITE À LIRE CECI... SUR LES ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES EN CPE.
Les tout-petits à l'heure des accommodements

Des hindous qui jouent avec des musulmans, des bouddhistes avec des catholiques. Dans un CPE au coeur de Montréal, les enfants vivent la diversité avec une facilité déconcertante.
Photo : Patrick Sanfaçon, La Presse
Michèle Ouimet, La Presse.
On a beaucoup parlé des accommodements raisonnables dans les écoles. Mais avant de s'asseoir dans une classe, la plupart des enfants fréquentent un centre de la petite enfance. À Montréal, les CPE accueillent des bouts de chou qui viennent des quatre coins du Monde. Notre journaliste a passé une journée dans un centre de la petite enfance situé en plein cœur de Montréal.
Au centre de la petite enfance Fleur de macadam, on parle de Noël, mais pas de la naissance de Jésus. Les éducatrices se rabattent sur des thèmes neutres, comme le partage et la solitude.
Pas de Jésus. Tabou, trop religieux. On marche sur des œufs, on ménage les susceptibilités, on manipule avec mille précautions la question explosive des accommodements raisonnables.
Noël se transforme donc en fête multiethnique. Dans le local de l'éducatrice Sophie, un disque de Caillou raconte Noël. «Ton ami est juif et il fête Hanouka», chantonne le personnage.
Fleur de macadam souligne tout de même Noël. Un sapin orne l'entrée et les enfants attendent avec impatience la visite du père Noël.
Une éducatrice, Isabelle, a cherché un livre sur les Noëls dans le monde. Elle a finalement déniché un truc sur l'Internet qu'elle a imprimé et épinglé au mur: au Japon, on fête le Meri Kurisumasu, au Costa-Rica, le Feliz Navidad, en Guadeloupe, le Jwaïeu Nouel.
Même précaution pour Pâques. «C'est un sujet délicat, explique Isabelle. On évite la religion. On parle plutôt du printemps, des œufs et du chocolat.»
L'Halloween, aussi, a ses écueils. «Des parents nous ont demandé de ne pas maquiller leurs enfants, raconte Élisabeth qui s'occupe du groupe des trois ans. On a déjà eu une éducatrice Témoin de Jéhovah qui s'opposait au maquillage.»
«Un parent hindou avait été très choqué. Ça le brimait dans ses valeurs profondes», ajoute la directrice, Sylvie Bouthillette.
Fleur de macadam est une garderie multiethnique située en plein cœur de Montréal, rue Ontario, à deux pas du boulevard Saint-Laurent. La clientèle est éclatée: les pauvres des Habitations Jeanne-Mance, l'immense HLM en béton planté en face du CPE, côtoient les privilégiés qui vivent dans les condos nouvellement construits en haut de la côte.
En faisant le tour des locaux, on parcourt la planète: Bangladesh, Laos, Liban, Maroc, France, Belgique, République dominicaine. On déniche aussi quelques Québécois de souche parmi les 80 enfants qui fréquentent le CPE.
Marie-Ève s'occupe des grands de 4 ans. Elle a huit enfants, trois continents: Amérique latine, Asie, Europe. Pas un seul Québécois de souche. On fait aussi le tour du monde dans la classe d'Élisabeth: Chine, Barbade, France, Québec.
Des bouddhistes jouent avec des musulmans et des catholiques. Les enfants vivent cette diversité avec une étonnante facilité.
Stevens, par exemple, parle en espagnol à Andrew qui lui répond en français.
«De quel pays viennent tes parents?»
«Je ne sais pas», répond Andrew.
«Moi, je m'appelle William et je suis une girafe», précise son copain.
Sankalpa, 4 ans, babille dans un dialecte incompréhensible, étrange mélange de Bengali et de français. Personne ne sourcille.
Mais chez les adultes, c'est une autre paire de manches.
Le casse-tête de la bouffe
Allergies, interdits religieux, végétarisme. Compliqué en diable, la nourriture dans un CPE.
Depuis 18 ans, Carole cuisine les repas pour Fleur de macadam. Premier problème de réglé: tout le monde mange la même chose, personnel et enfants confondus. Depuis septembre, les parents n'ont plus le droit d'apporter des boîtes à lunch.
Deuxième problème: le porc. Il est prohibé. Pas de viande rouge non plus.
Les jours où elle sert du poulet, Carole cuisine quelques plats sans viande. Pour les végétariens, mais aussi pour les éducatrices musulmanes qui refusent parfois de manger du poulet parce qu'il n'est pas halal, c'est-à-dire égorgé selon les préceptes du Coran.
Autre restriction, la gélatine qui est fabriquée avec des os de porc ou de poulet. À éviter dans un CPE fréquenté par des musulmans. «Il y a de la gélatine partout, dit Carole, même dans les yogourts.»
«Quand je voyage, affirme-t-elle, je m'adapte. Je n'irais pas en Égypte en minijupe. Je ne suis pas raciste, mais les Québécois sont trop tolérants.»
Sur ses étagères, Carole a du lait de vache et du lait de soya. Épinglé au mur, une liste des enfants avec leurs allergies aux arachides, noix, oeufs et gluten.
«Pas évident à gérer», soupire-t-elle.
Le choc des cultures
Pendant le ramadan, les éducatrices musulmanes jeûnent. Délicat.
«Je me sentais tellement mal de leur manger dans la face», confie Johanne qui s'occupe des poupons avec Nadia, une Algérienne qui respecte le ramadan.
Johanne est une pure laine de La Prairie. Catholique, mère de famille, trois enfants. Nadia et Johanne ont souvent discuté des accommodements raisonnables. Nadia admet que certaines demandes sont exagérées, comme les vitres givrées du YMCA et les horaires séparés dans les piscines.
«On doit s'adapter, assure-t-elle. Le jour où j'ai décidé de me voiler, j'ai cessé d'aller à la plage et de mettre un costume de bain. C'était mon choix.»
«Je veux l'inviter chez moi, dit Johanne. J'aimerais qu'elle rencontre mon chum et mes enfants.»
«Elle veut acheter de la viande halal», précise Nadia en riant.
Il y a deux ans, Nadia troquait l'Algérie pour le Canada. Elle a atterri dans la ville de Québec. Le choc.
«Je n'ai pas trouvé de travail à cause de mon voile, raconte-t-elle. J'appelais et on me répondait: «très bien, venez». Mais quand j'arrivais, je pouvais lire la surprise sur les visages. À Montréal, je passe inaperçu, mais à Québec, on me dévisageait.»
Au bout d'un an, elle a bouclé ses valises. Direction Montréal. Elle ne l'a jamais regretté. Mais si le gouvernement adopte une loi pour interdire le voile, elle jure qu'elle retournera dans son pays.
Nadia porte son voile au travail. Lorsqu'elle réussit à grignoter cinq minutes, elle trouve un coin tranquille, déroule une serviette et prie Allah.
Sa compatriote Leila observe le ramadan, mais elle ne met pas de voile. «J'aurais aimé le porter, mais mon conjoint ne veut pas», explique-t-elle.
Cette année, plusieurs éducatrices se sont absentées. Elles ont été remplacées par des musulmanes. Pendant les repas, elles parlaient entre elles. Dans leur langue. Mimi, une éducatrice qui travaille à Fleur de macadam depuis 19 ans, s'est sentie bousculée, exclue.
«On n'avait plus le goût de s'asseoir avec elles, laisse-t-elle tomber. Il y avait des tensions. On a abordé le sujet en réunion, mais c'est difficile quand il faut être diplomate. Finalement, on n'a jamais réglé le problème.»
Autre sujet délicat, le français. Certains parents ne parlent qu'anglais et plusieurs éducatrices ne sont pas bilingues.
«Je voudrais qu'ils fassent un effort et apprennent notre langue, soutient Mimi. C'est important, leurs enfants vont fréquenter l'école française. Et j'y tiens, ça fait partie de mes valeurs. Je suis québécoise et nous sommes dans un CPE francophone.»
«J'ai deux ou trois parents qui ne me comprennent pas, ajoute Sophie. Je me débrouille, je leur fais des signes, des dessins.»
Sophie s'occupe des petits. Elle en a sept, de 18 à 24 mois. Abishan, 2 ans, est arrivé en août. À la maison, il ne parle que le bengali. Il commence à comprendre le français. Il est timide, réservé.
La petite Québécoise, Lilistella joue seule. Elle prend deux poupées, les couche par terre et les borde avec une couverture. Dans un coin, un garçon joue avec un camion.
Chaque enfant est absorbé dans son jeu, les garçons avec des camions, les filles avec des poupées. Division classique, conformiste. Peu importe la religion.
Les accommodements raisonnables
Pendant la sieste, quatre éducatrices discutent à voix basse. Mildrid est haïtienne. Elle trouve que les immigrants sont trop exigeants et les Québécois trop mous. «Les gens n'arrivent pas à mettre leur culotte et à dire non à des demandes déraisonnables, comme celle du Y», dit-elle.
Hayate est musulmane. Elle porte le voile. Elle a quitté l'Algérie en 2006. Au début, elle se sentait isolée, perdue. Lorsqu'elle prend l'autobus, elle se fait dévisager, surtout par les vieux. Elle déteste ça. «Ils font le saut, confie-t-elle. C'est mon voile.»
Elle y tient, à son voile. «Je ne peux pas l'enlever, ça fait partie de ma personnalité. Il ne dérange personne!»
Pendant la discussion, les femmes se lèvent, mouchent un nez, bercent un bébé qui pleure.
Louise, Québécoise de souche tricotée serrée, s'est convertie à l'islam à l'âge de 30 ans. Aujourd'hui, elle en a 44. Même si elle ne porte pas le voile, sa conversion suscite des critiques de la part de certaines de ses collègues.
«Ça fait 50 ans que les femmes se battent pour leurs droits. Pour moi, la conversion de Louise est une forme de soumission, de régression, affirme Isabelle. Je ne peux pas m'empêcher de penser au livre Jamais sans ma fille.»
Louise hausse les épaules. Elle en a un peu ras-le-bol des livres iconoclastes, de tous ces «Moi, Jordanienne, voilée, brûlée au 3e degré» ou «Dans l'enfer du voile».
«On présente toujours les femmes voilées comme de pauvres opprimées», dit-elle.
À Fleur de macadam, la majorité des éducatrices sont québécoises de souche. Les autres viennent d'Algérie, d'Ukraine, du Maroc, du Pérou, d'Haïti. Deux portent le voile. Aucun parent ne s'est plaint, précise la directrice.
La semaine prochaine, elles fêteront Noël avec les parents et les enfants. Ce n'est pas un souper de Noël, a-t-on tenu à préciser, mais un repas communautaire. Nuance.
Et le père Noël n'est pas invité.
Je vous dis que les problèmes de voiles, de mentalités, de religions, d’habitudes, de caprices, de bouffes, de nécessités; sont des problèmes à gérer dans plusieurs CPE et écoles de la région de Montréal.
Je ne crois pas que la Commission Bouchard-Taylor sera en mesure de régler ce genre de problème ci-haut mentionné.
Un dossier très loin d’être tabletté !!!!!!!!!!!!
Car pour régler ce genre de problème il faut une colonne vertébrale et ne pas seulement penser à ce faire élire à tout prix... Mais plutôt penser à ce que nous voulons comme société en ayant une vue sur notre passée.
Zeff.
Jeudi 13 décembre 2007
Par: Zeff | Permalien | | Les accomodements raisonnables